La rupture du contrat d’apprentissage arrive plus souvent qu’on ne le croit et elle obéit à des règles particulières. Le contrat vise à alterner formation en CFA et expérience en entreprise, il s’adresse principalement aux jeunes de 16 à 29 ans et peut durer de six mois à trois ans, en CDD ou en CDI. Comprendre quand et comment mettre fin au contrat évite des erreurs coûteuses et des délais inutiles, que l’on soit employeur, apprenti ou représentant du CFA.
Sommaire
Comment distinguer la période « des 45 jours » et son importance
Les 45 premiers jours d’activité en entreprise fonctionnent comme une période probatoire spécifique. Ces jours correspondent uniquement aux journées effectivement travaillées en entreprise et ne doivent pas être confondus avec 45 jours calendaires. En cas de suspension (maladie, accident), la période est interrompue et reprend ensuite.

Pendant ce laps de temps, employeur et apprenti peuvent rompre le contrat sans justification, sans préavis et en principe sans indemnité particulière, sauf clause contractuelle ou disposition conventionnelle contraire. Attention : si la rupture intervient alors que l’apprenti est en arrêt pour accident du travail, la rupture est nulle.
Procédure à respecter si la rupture intervient dans les 45 jours
Quelles formalités accomplir ?
La rupture doit être formalisée par écrit. La notification peut se faire par lettre recommandée avec accusé de réception ou par remise en main propre contre décharge. Il est essentiel d’adresser une copie au directeur du CFA et à l’organisme chargé du dépôt du contrat, puis de transmettre la notification à la délégation locale de la DREETS.

La date prise en compte pour vérifier que la rupture se situe bien dans la période probatoire est celle d’envoi de la lettre, pas celle où la décision a été prise oralement.
Que se passe-t-il lorsque la rupture intervient après les 45 premiers jours ?
Hors période probatoire, la rupture anticipée prend des formes différentes selon l’initiateur : l’employeur peut envisager un licenciement pour motif personnel, l’apprenti peut démissionner sous conditions, et l’administration peut suspendre ou rompre le contrat en cas de danger ou de manquements graves.
Rupture à l’initiative de l’employeur
Lorsqu’un employeur décide de rompre le contrat après la période des 45 jours, il s’agit en principe d’un licenciement pour motif personnel qui doit être motivé. Les motifs peuvent être disciplinaires (faute grave), médicaux (inaptitude constatée), professionnels (impossibilité de poursuivre la formation), ou liés à des causes externes comme la force majeure.
La décision doit être communiquée à l’apprenti en précisant les raisons et doit être notifiée au CFA et aux services compétents de l’inspection du travail. Selon la nature du motif, l’apprenti peut percevoir des indemnités (au minimum le solde des congés payés), mais chaque situation mérite une vérification au cas par cas.
Rupture à l’initiative de l’apprenti
L’apprenti peut rompre son contrat après la période probatoire. Depuis 2019, une procédure de médiation préalable est prévue : une personne ou un service de médiation doit intervenir dans un délai fixé par la réglementation avant que la démission soit effective. Après cette médiation, l’apprenti (ou son représentant légal s’il est mineur) doit notifier sa décision par écrit à l’employeur.
Selon les cas, des délais de préavis s’appliquent : par exemple, l’obtention anticipée du diplôme oblige l’apprenti à prévenir l’employeur au moins un mois avant la date de rupture souhaitée. En règle générale, la démission n’ouvre pas droit à indemnités spécifiques.
Quand l’administration intervient-elle et quelles sont les conséquences pour l’employeur ?
L’administration peut suspendre ou mettre fin au contrat si l’apprenti est mis en danger ou si l’employeur ne respecte pas ses obligations (rémunération, durée et contenu de la formation, conditions de travail sûres, hébergement, etc.). L’inspection du travail réalise une enquête et le directeur départemental dispose d’un délai pour statuer.
Pendant l’instruction, l’employeur doit généralement continuer à rémunérer l’apprenti. Si l’entreprise est reconnue fautive et que la rupture est prononcée, elle peut être amenée à rembourser les aides publiques perçues et les exonérations de charges attachées au contrat. L’administration peut également interdire temporairement le recrutement d’apprentis par l’entreprise et retirer le titre de maître d’apprentissage.
Erreurs fréquentes à éviter lors d’une rupture anticipée
- Confondre 45 jours calendaires et 45 jours d’activité effective en entreprise.
- Omettre de notifier le CFA, la DREETS ou l’organisme de dépôt du contrat, ce qui rend la procédure contestable.
- Rompre pendant un arrêt pour accident du travail en pensant que cela est possible.
- Ne pas documenter le motif en cas de licenciement après la période probatoire, augmentant le risque de contestation devant le conseil de prud’hommes.
Conséquences pratiques pour l’apprenti et l’employeur
Pour l’apprenti, une rupture peut interrompre la formation, mais le CFA doit, lorsqu’il le peut, l’aider à retrouver une autre entreprise afin de poursuivre son cursus. L’apprenti conserve en principe le droit au solde de congés payés et, selon le cas, peut saisir le conseil de prud’hommes si les manquements de l’employeur justifient une résiliation judiciaire.
Pour l’employeur, une rupture mal conduite peut entraîner un remboursement des aides, des condamnations financières et des interdictions de recruter des apprentis. Tenir un dossier clair et respecter les formalités (notifications, motifs écrits, transmission aux instances compétentes) permet de limiter ces risques.
FAQ
Qu’entend-on précisément par « 45 jours d’activité en entreprise » ?
Il s’agit des jours effectivement travaillés par l’apprenti dans l’entreprise, qu’ils soient consécutifs ou non. Les périodes d’absence pour maladie ou accident suspendent le décompte et doivent être prises en compte pour déterminer si la rupture intervient pendant la période probatoire.
Que faire si mon employeur ne respecte pas ses obligations (salaire, formation, conditions de travail) ?
Signalez d’abord le problème au CFA et sollicitez une médiation si possible. Si les manquements persistent, vous pouvez saisir l’inspection du travail ou le conseil de prud’hommes pour demander la résiliation judiciaire du contrat. Pendant l’instruction administrative, l’employeur reste tenu de vous rémunérer.
Quels documents constituer pour sécuriser une rupture décidée par l’employeur après les 45 jours ?
Rédigez un document exposant les motifs précis de la rupture, conservez les preuves (courriels, avertissements, comptes rendus), notifiez la décision au CFA et aux services compétents et respectez la procédure de licenciement applicable selon le motif invoqué.
L’employeur peut-il être obligé de rembourser les aides reçues en cas de rupture prononcée par l’administration ?
Oui, si l’administration juge que la rupture est liée à un manquement de l’employeur, celui-ci peut devoir restituer les aides et exonérations perçues et faire face à d’autres sanctions administratives.


