La facturation électronique change la manière dont les entreprises émettent et reçoivent leurs factures, et contrairement à une idée reçue, cette transformation ne dépend pas d’un seuil de chiffre d’affaires : elle s’applique selon votre statut fiscal et la nature des opérations.
Sommaire
Qui doit respecter la facturation électronique
La règle clé repose sur votre qualité d’assujetti à la TVA établi en France. L’article 289 bis du Code général des impôts impose la dématérialisation des factures pour les échanges entre professionnels français (B2B domestique). Ainsi, indépendamment de votre chiffre d’affaires — micro-entrepreneur ou groupe multinational — si vous êtes identifié comme assujetti, la réforme vous concerne.
Remarque pratique : être « assujetti non redevable » (cas fréquent des micro-entrepreneurs bénéficiant de la franchise en base) ne vous exonère pas de l’obligation technique. Vous continuerez à apposer la mention « TVA non applicable, article 293 B du CGI » quand elle s’applique, mais les factures devront transiter électroniquement via une plateforme agréée.

À quel moment votre entreprise est-elle classée pour la réforme ?
Pour connaître votre calendrier d’entrée dans l’obligation d’émission, la taille de l’entreprise s’apprécie au niveau de chaque unité juridique (SIREN) sur la base du dernier exercice clos avant le 1er janvier 2025. Si aucun exercice n’est clos à cette date, on retient le premier exercice clos après le 1er janvier 2025. Une hausse ou baisse d’activité ultérieure ne déplace pas votre échéance ; la photographie est figée.

Calendrier pratique selon la taille des entreprises
La réforme prévoit une montée en charge : la réception des factures électroniques doit être possible pour tous à partir du 1er septembre 2026, tandis que l’obligation d’émission est progressive selon la catégorie d’entreprise.
| Catégorie | Date d’obligation d’émission |
|---|---|
| Grandes entreprises et ETI | 1er septembre 2026 |
| PME et micro-entreprises | 1er septembre 2027 |
Ces dates permettent d’organiser la mise en place technique et les tests avant basculement complet. Le cadre juridique de classification (effectifs, CA, bilan) s’appuie sur le décret n°2008-1354.
Quelles opérations n’entrent pas dans la facturation électronique ?
Certaines transactions ne relèvent pas de l’e-invoicing mais d’un régime distinct d’envoi de données à l’administration (e-reporting) défini par l’article 290 du CGI :
– ventes aux particuliers (B2C) ;
– opérations avec des clients hors de France (Union européenne ou internationaux).
Dans ces cas, vous conservez la facturation habituelle à destination du client mais vous devez transmettre un jeu de données à la DGFiP via votre plateforme agréée. L’article 290 A étend cette transmission aux données de paiement pour les prestations de services.

Opérations exonérées de TVA : quel impact ?
Les opérations explicitement exonérées par les articles 261 à 261 E du CGI ne sont pas soumises à l’obligation de facturation électronique. Cela concerne, par exemple, certaines prestations médicales, l’enseignement ou des opérations bancaires et d’assurance. Attention, l’exonération se juge opération par opération : si votre activité mixe opérations taxables et exonérées, seules les premières relèveront du dispositif.
Erreurs fréquentes à éviter et bonnes pratiques
En accompagnement de la réforme, voici des points d’attention relevés en pratique :

- Supposer que la franchise en base dispense de tout enjeu technique : non, vous devez pouvoir recevoir et, selon l’échéance, émettre des factures électroniques.
- Confondre e-invoicing et e-reporting : l’un concerne l’envoi de la facture au client professionnel, l’autre la transmission de données à l’administration pour certaines ventes.
- Ne pas vérifier l’exactitude des SIREN clients : la nouvelle chaîne exige souvent ce champ pour rattacher correctement la facture dans l’écosystème de la plateforme.
- Attendre la dernière minute pour intégrer votre logiciel de facturation ou choisir une plateforme agréée ; prévoyez des tests en conditions réelles.
Conseils concrets : choisissez tôt une plateforme agréée ou un opérateur compatible, synchronisez votre comptabilité (ERP ou logiciel) pour l’export des formats standards (Factur‑X est cité comme exemple de standard), et organisez des tests d’échange avec quelques partenaires avant la date d’obligation.
Comment se préparer sans multiplier le travail administratif ?
La plupart des plateformes agréées récupèrent automatiquement vos pièces, contrôlent la conformité et transmettent les données à la DGFiP selon la périodicité applicable à votre régime de TVA. Vous n’êtes donc pas censé envoyer manuellement les déclarations de transactions au fisc, mais vous devez vérifier que votre paramétrage interne (comptes clients, codification des prestations, mentions obligatoires) est prêt.
Un point de vigilance : la DGFiP a annoncé des ajustements possibles des fréquences d’envoi en lien avec la suppression du régime simplifié de TVA au 1er janvier 2027, ce qui implique de suivre les communications officielles et d’anticiper les mises à jour logicielles.
Premiers gestes à réaliser cette année
Pour avancer sans stress, voici quatre étapes utiles à prioriser :
- Vérifier votre statut VAT/TVA et la date de clôture de l’exercice servant de référence.
- Recenser les clients B2B concernés et collecter leurs SIREN pour préparer les échanges.
- Choisir et intégrer une plateforme agréée ou une solution compatible avec votre logiciel de facturation.
- Mettre en place des essais d’émission et de réception en format électronique (incluant Factur‑X si pertinent).


