La fiscalité des plus-values immobilières des non-résidents est loin d’être uniforme : elle combine règles générales applicables à tous les vendeurs et dérogations liées au statut de non-résident, à l’ancienneté de la domiciliation fiscale en France ou à l’affiliation à un régime de sécurité sociale étranger.
Sommaire
Comprendre d’abord le cadre général avant de regarder les exceptions
En règle générale, la plus-value réalisée lors de la vente d’un bien immobilier en France est soumise à un taux d’impôt sur le revenu de 19 % et à des prélèvements sociaux représentant 17,2 %. Des abattements pour durée de détention s’appliquent, conduisant à une exonération totale de l’impôt sur le revenu après 22 ans de détention et des prélèvements sociaux après 30 ans. Une surtaxe peut aussi s’ajouter pour les plus-values dépassant certains seuils.
Ces règles constituent la base de calcul. Les dispositifs spécifiques pour les non-résidents interviennent ensuite et peuvent réduire ou transformer l’imposition selon des conditions précises.
Quand la vente d’une ancienne résidence principale est-elle exonérée pour un non-résident ?
Si vous avez quitté la France mais vendez un logement qui constituait votre résidence principale avant votre départ, une exonération d’impôt sur la plus-value peut s’appliquer sous conditions. Trois critères cumulatifs sont à respecter : le lieu de résidence après le départ (pays de l’Union européenne ou pays lié à la France par une convention d’assistance contre la fraude fiscale), le délai de la vente (doit intervenir avant le 31 décembre de l’année suivant le départ) et le fait que le bien soit resté libre et disponible entre la date du départ et la cession, c’est‑à‑dire non loué et non mis à disposition gratuitement.
Autrement dit, la mise en location du logement après l’expatriation empêche cette exonération. Il est donc important de vérifier que vous répondez sans ambiguïté à ces conditions avant d’espérer l’exonération.
Quelle exonération existe pour certains non-résidents européens et quels sont ses plafonds ?
Par ailleurs, un régime particulier s’adresse aux non-résidents ressortissants d’un État de l’Union européenne ou d’un État membre de l’Espace économique européen. Pour en bénéficier, il faut notamment avoir été domicilié fiscalement en France pendant au moins deux années consécutives, à un moment antérieur à la cession. Les modalités diffèrent selon que le vendeur dispose en pratique de la libre disposition du bien ou non.
Durée et délai après le départ
Lorsque le cédant ne dispose pas de la libre disposition du bien (par exemple s’il est loué), la vente doit intervenir dans les dix ans suivant le départ pour rester éligible à l’exonération prévue par cette disposition. En revanche, si le vendeur a la libre disposition du bien depuis au moins le 1er janvier de l’année précédant la cession, aucune contrainte de délai n’est exigée.
Le plafond de 150 000 € expliqué
Cette exonération est plafonnée à 150 000 € de plus-value nette imposable par cédant. Le plafond s’applique à la quote‑part de chacun : en indivision ou en concubinage, chaque coïndivisaire peut prétendre à son propre plafond, ce qui peut porter l’exonération totale possible pour le ménage. Au-delà de ce montant, l’excédent est imposé selon les règles de droit commun.
Quels prélèvements sociaux s’appliquent aux non‑résidents et dans quelles circonstances ?
La question des prélèvements sociaux (CSG/CRDS) pour les non‑résidents dépend de l’affiliation au système de sécurité sociale du pays de résidence. La jurisprudence européenne a conduit à exonérer certains non‑résidents de la CSG/CRDS lorsqu’ils relèvent d’un régime de sécurité sociale d’un État de l’Espace économique européen, de la Suisse ou du Royaume‑Uni, sous réserve des conditions d’affiliation correspondantes.
Dans ce cas d’exonération de CSG/CRDS, la plus-value reste soumise au prélèvement de solidarité de 7,5 %, ce qui conduit à un taux effectif de 26,5 % (19 % d’impôt sur le revenu + 7,5 % de contribution). Les non‑résidents non affiliés à un régime éligible restent assujettis aux prélèvements sociaux au taux global de 17,2 %, soit une imposition totale potentielle de 36,2 % avant abattements.
À noter également une précision administrative récente : certaines augmentations de la CSG intervenant pour les résidents ne s’appliquent pas aux revenus fonciers et plus‑values des non‑résidents, selon des communications administratives publiées.
Erreurs fréquentes à éviter et conseils pratiques pour vendre depuis l’étranger
- Ne pas confondre les deux dispositifs d’exonération : l’exonération liée à l’ancienne résidence principale et celle prévue pour certains non‑résidents européens obéissent à des conditions différentes.
- Ne pas louer le bien si vous comptez sur l’exonération de l’ancienne résidence principale : la mise en location annule ce bénéfice.
- Conserver les preuves de départ et de domicile fiscal antérieur en France (attestations, factures, déclarations) pour justifier des conditions de l’exonération.
- Vérifier votre affiliation à un régime de sécurité sociale étranger avant la vente si vous souhaitez bénéficier de l’exonération de CSG/CRDS.
- Penser à la quote‑part en cas d’indivision : chaque coïndivisaire peut bénéficier séparément du plafond d’exonération quand il est applicable.
Avant d’engager la vente, il est prudent de demander un avis à votre conseil fiscal ou à l’administration pour confirmer l’application des exonérations et éviter des déconvenues liées à des conditions d’éligibilité mal interprétées.


